| Depuis la fin des années 90,
je sonde les territoires que je rencontre pour comprendre comment
nos sociétés actuelles investissent et façonnent
leurs environnements. Je suis particulièrement intéressée
par la question environnementale et par le devenir des lieux et
des cultures à l'ère de la mondialisation. Entre les
paysages et nous-mêmes existe une relation de réciprocité
qui dévoile nos modes d'existence. Leur étude comme
leur mise en espace mettent à jour nos visions du monde et
notre être ensemble.
La rapidité avec laquelle les changements de tous ordres
sont survenus au cours de ce siècle se manifeste de façon
évidente dans les espaces que nous habitons. Nos milieux
naturels, ruraux et urbains ont connu des transformations majeures,
plus particulièrement depuis trente ou quarante ans. L'univers
hautement médiatisé dans lequel nous vivons aujourd'hui
installe davantage d'espaces abstraits et d'environnements fabriqués.
Nos perceptions sont investies par les moyens d'une culture technique
qui reconduit celles-ci vers un monde plus orchestré et plus
uniforme.
Nous avons le privilège de construire et de façonner
le monde. Ce n'est évidemment pas un phénomène
nouveau mais nous disposons de moyens sans précédents
pour le faire. Nous donnons forme à des univers autrefois
impossibles et impensables. Nous agissons sur ce qui nous entoure
et intervenons sur le cours des choses comme jamais auparavant.
Manipuler ou jouer avec les données du monde n'a plus rien
d'irréel puisque notre univers devient de plus en plus malléable.
Nos visions et nos modes de vie ont de toute évidence plus
de conséquences sur les espaces que nous occupons. La responsabilité
de nos aménagements et de nos imaginaires prend alors une
importance particulière. Ces questions traversent ma recherche des dernières années.
Par le biais des techniques de transformation de l'image, je manipule
mes prises de vues. À l'instar du cinéaste Robert
Bresson qui considérait que " Le réel brut ne
donnera pas a lui seul du vrai " j'appréhende le monde
en le recomposant pour en rapporter des images qui le saisiront
dans toute sa complexité. La mise en relation de lieux, d'événements
et de temporalités aux provenances diverses crée des
rapprochements (géographiques et sémantiques.) Elle
permet aussi de condenser les territoires pour rendre visible des étendues beaucoup trop vastes pour être contenues
sous l'objectif. C'est une façon de faire entrer le hors champ à l'intérieur de l'image. En ajoutant des dimensions et des références
supplémentaires aux réalités documentées,
la construction peut ainsi révéler des aspects du
monde que la captation seule n'arrive pas toujours à montrer.
À lire aussi:
Des mondes de l'entre-deux - Entretien avec Isabelle Hayeur. Isabelle Lelarge. ETC Montréal, No. 73 (2006)
Territoires invisibles - Texte de présentation du travail de l'artiste, Les rencontres de la photographie à Arles, Vincent Lavoie (2006)
Sublimes vertiges - Jérôme Delgado, La Presse, le mercredi
9 novembre 2005
Destinations - Conversation entre Hugues Charbonneau, Patrice Loubier et Isabelle Hayeur (texte de catalogue), CRUM (2004)
Un sublime désenchanté - Sylvain Campeau, Etc Montréal, (2002)
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