Isabelle Hayeur est une artiste de l’image, née à Montréal en 1969. Elle détient un baccalauréat (1996) et une maîtrise (2002) en arts plastiques de l’Université du Québec à Montréal. Elle est connue pour ses montages photographiques grands formats, ses vidéos et ses installations in situ.

Les débuts de sa pratique artistique ont surtout été axés sur la vidéo. De 1997 à 2001, elle fait partie de Perte de signal, un collectif dédié à la jeune création en arts médiatiques dont elle est l'une des fondatrices. Rapidement, le groupe diffuse dans la plupart des festivals internationaux et organise plusieurs événements et expositions.

Vers la même période, sa pratique en photographie prend plus d'importance et elle commence à exposer régulièrement. Elle se fait connaître sur la scène montréalaise en 2001 lors de l’exposition individuelle Chantiers au Centre des arts actuels Skol de Montréal pour laquelle elle a reçu le prix de la relève attribué par le Mois de la photo. Cette année-là, elle crée aussi Station, sa première oeuvre in situ.

« Depuis toujours, je suis préoccupée par les transformations subies par les paysages, explique Isabelle Hayeur. Ayant grandi en banlieue, j’ai été confrontée au spectacle de l'urbanisation étalée et aux nombreuses disparitions qui l'accompagnent. Mon approche est liée à cette expérience et se nourrit des discours entourant la question environnementale, comme des problématiques d'aménagement du territoire. Je m'intéresse particulièrement aux sentiments d'aliénation, de déracinement et de dislocation. »

Les œuvres de l’artiste critiquent les bouleversements urbanistiques et environnementaux récents, en montrant des territoires qui paraissent « naturels », mais qui sont créés de toutes pièces. Son art s’avère à la fois politique et poétique, avec un constant souci de brouiller les pistes afin de mettre en relief l’ambivalence de notre rapport au monde.

Les séries Paysages incertains (1998-2002), Destinations (2003-2004), Maisons modèles (2004-2007), Excavations (2005-2008) et Underworlds (2008 - ) figurent parmi ses œuvres photographiques les plus marquantes. Dans Destinations, Hayeur trafique l’effet de réel et nos attentes par rapport au paysage. La série Excavations met l’accent sur l’invisible et combine des paysages antinomiques. Jouant avec les échelles de grandeur, l’artiste s’applique aussi à rendre vulnérables des éléments du paysage normalement immuables. Elle démontre ainsi la malléabilité de notre monde et la facilité que nous avons désormais de manipuler l’ordre des choses.

Du côté vidéo, on lui doit notamment Si jamais la mer (1998), Vertige (2000), Losing Ground (2009) et Déraciné (2012). Dans Vertige, l’artiste souligne le caractère ambigu d’une ancienne carrière d’amiante devenue site touristique. Losing Ground, montre des quartiers ostentatoires, qui révèlent un paysage uniformisé. Déraciné explore quelques périphéries de villes d'Amérique du Nord et ces lieux de nulle part, qui se ressemblent étrangement.

Parmi ses installations in situ, forme d'expression artistique qu’elle affectionne particulièrement, on retrouve Issue (2004), Tunnel Vision (2007) Fire with Fire (2010) et Ascension (2011). Présentée à l’incinérateur des Carrières de Montréal, Issue met en parallèle la démesure de cet espace consacré aux détritus et notre production phénoménale de déchets. Fire with Fire, créée à l’occasion de l’Olympiade culturelle de Vancouver 2010, simule un incendie dans un édifice d’un quartier chaud de Vancouver. L’œuvre se veut un pied de nez aux Jeux olympiques et aux velléités de ses organisateurs de magnifier la ville, sans égards à la pauvreté et au désarroi existants.

Les oeuvres d’Isabelle Hayeur ont été largement diffusées à travers le Canada, en Europe et aux États-Unis. Ses travaux ont aussi été présentés au Mexique, en Argentine, en Turquie et au Japon. Elle a participé à plusieurs présentations publiques importantes, entre autres au Musée des beaux-arts du Canada, au Musée d’art contemporain de Montréal, au Massachusetts Museum of Contemporary Arts (MassMoca), au Casino Luxembourg — Forum d'art contemporain, au Neuer Berliner Kunstverein de Berlin et au Tampa Museum of Art. Elle a également effectué plusieurs résidences d’artistes.

En 2006, elle a fait l’objet d’une première exposition bilan organisée par le Musée national des beaux-arts du Québec et Oakville Galleries. Accompagnée d’une monographie, cette exposition a été présentée en Ontario, en Nouvelle-Écosse, au Québec et en Alberta. La même année, elle participa aux 37es Rencontres internationales de la photographie à Arles dans le cadre du prix Découverte.

Ses œuvres se retrouvent dans une vingtaine de collections, dont celles du Musée des beaux-arts du Canada, du Fonds national d’art contemporain (Paris), de la Art Gallery of Ontario, de la Vancouver Art Gallery, du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec, d’Oakville Galleries et du Museum of Contemporary Photography de Chicago.