Excavations
Blindsight
2005
105" X 60"
267 cm X 152 cm
 
Succession
2005
49,5" X 84"
126 cm X 213 cm
 
Traces
2005
49,5" X 84"
126 cm X 213 cm

 
Rivage (Lampsilis)
2008
39" X 87"
100 cm X 22 cm
 
Aube
2005
84" X 49,5"
213 cm X 126 cm
 
Quaternaire
2006
43,5" X 65"
111 cm X 165 cm
 
Quaternaire II
2006
43,5" X 65"
111 cm X 165 cm
 
Quaternaire III
2006 - 2007
31" X 147,5"
79 cm X 375 cm
 
Quaternaire IV
2006 - 2007
48" X 100"
122 cm X 256 cm
 







Retournement
2006
84" X 43,5"
213 cm X 111 cm
 
Ascendance
2007
125" X 39"
317 cm X 100 cm
 
Influence
2008
60" X 75"
152 cm X 190 cm
 
 

L'urbanisation étalée est un modèle dominant en Amérique, mais il est également bien implanté ailleurs dans le monde. Il fait apparaître des paysages qui se ressemblent de façon étonnante. Ces territoires génériques sont à l'image de la standardisation sans précédent de nos modes de vie et sont révélateurs d'une tendance actuelle à l'homogénéisation des cultures et des expériences. Il y a aujourd'hui un transfert généralisé de ce qui est distinctif et local vers ce qui est uniforme et global. Ce modèle s'oppose à celui de la ville historique fondé sur la sédimentation et la mémoire collective. Il n'établit que des liens réduits et particuliers qui ne contribuent pas à définir une communauté, mais encouragent plutôt l'individualisme et la fragmentation sociale.

L'aménagement d'un nouveau développement débute par des opérations de remaniement et de nivelage. La mise en chantier se fait généralement dans l'ignorance des dynamiques locales, comme si l'on procédait « par effacement ». Les lieux sont dépossédés de leurs particularités géographiques et de leurs mémoires culturelles pour être finalement réduits à une sorte de degré zéro. Souvent, la terre arable est elle aussi emportée pour être revendue. Lorsque les bulldozers se retirent, il ne reste plus qu'une plaine désolée et stérile, d'apparence quasi lunaire. Ce sont les déserts que nous laissons derrière nous. À travers ce nivellement, c'est avant tout le sens des territoires qui se perd ainsi que notre capacité à renouveler les imaginaires propres à une société.

Le terme « excavation » fait aussi bien référence à des travaux de constructions, de voirie ou de forage, qu'à des opérations de fouilles archéologiques. Dans cette série, j'ai en quelque sorte cherché à réunir les deux acceptions du terme. Les montages réalisés sont issus de l'union de paysages dont les significations me semblaient antinomiques. J'ai travaillé à partir de lieux de conservation, dont l'histoire naturelle et humaine est très riche, puis avec des lieux déracinés évoquant des formes de disparitions. On y retrouve notamment des combinaisons de nouveaux développements domiciliaires et de sites classés « Patrimoine mondial » par l'Unesco. J'ai aussi combiné des sites fossilifères à divers paysages façonnés par l'économie, comme des dépotoirs ou des mines. Ces paysages se fusionnent assez naturellement car leur aspect bouleversé et dénudé les rapproche. Certains chantiers sont d'ailleurs dotés d'une puissance suggestive qui n'est pas sans rappeler celle des déserts naturels. Dans plusieurs montages, les différences d'échelles amènent le regard à glisser constamment d'une portion d'image à l'autre, rendant ainsi les compositions visuellement instables. Le passage d'une échelle monumentale à une échelle plus petite bouleverse aussi les hiérarchies: ce qui semblait alors immense et immuable occupe une position de vulnérabilité et ce qui était insignifiant devient important. En eux s'affrontent deux visions opposées: l'une évoquant une démarche rétrospective, l'autre relevant d'une attitude plus prospective et moins soucieuse des permanences.

Urban sprawl is the dominant model in North America, but it is well established in other parts of the world as well, generating landscapes that are surprisingly similar. These generic territories reflect the unprecedented standardization of our lifestyles and are indicative of the trend towards homogenized cultures and experiences. Today there is a generalized shift from the distinctive and local to the uniform and global. Urban sprawl contrasts sharply with the city of the past, which resulted from sedimentary processes, embodying a collective memory. Modern sprawl allows only for limited and singular connections that do not help build community, but instead encourage individualism and social fragmentation.

Any new development starts with the reworking and leveling of the land. The work is usually carried out in total ignorance of local dynamics, proceeding as if by “erasure.” The sites are stripped of their geographic particularities and cultural memory until they are finally reduced to a sort of zero state. Often, even the topsoil is trucked away to be sold. When the bulldozers depart, they leave nothing behind but a desolate and sterile plain, an almost lunar landscape. It is deserts that we leave behind us. The levelling process results in the loss of the meaning of the lands, and of our ability to renew our own collective imaginations.

The term “excavation” can refer to work in construction, road building or drilling, as well as archeology. In this series I have in some ways sought to unify these different meanings. The montages result from a union of landscapes which seemed to me to have opposite or contradictory significations. I worked with conservation sites rich in natural and human history, then with disturbed sites and their forms of disappearances. The works contain new housing developments combined with Unesco World Heritage sites. I also combined fossiliferous sites with various landscapes shaped by economic needs, such as garbage dumps and mines. These landscapes blend fairly naturally; their disturbed and stripped aspects make them similar. Indeed, some construction sites are powerfully suggestive of natural deserts. In a number of montages, the difference of scale causes the gaze to slide from one part of the image to another, making the compositions visually unstable. The shift from a monumental scale to a much smaller scale also disturbs hierarchy: that which seemed immense and immutable becomes vulnerable and that which was insignificant becomes important. In these works two visions stand opposed : one a retrospective approach, and one that is more prospective and less concerned with permanency.