Journal de bord
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Cette série de photographies est un projet en cours amorcé à l'automne 2008. Il a débuté lors d’un séjour dans le sud de la Floride et durant lequel j'ai fait quelques prises de vues exploratoires avec une petite caméra submersible. Laissant les flots cristallins aux vacanciers, j'ai préféré capter les eaux turbides des canaux de navigation. Depuis ce temps, j'ai fait l'acquisition d'un caisson étanche qui me permet de photographier des environnements immergés de tous genres. Je le plonge dans des milieux troubles, des eaux douteuses aux origines incertaines. Nous avons tous en tête ces séduisantes images des mers tropicales: les mondes aquatiques sont fascinants et envoûtants. Ce que je cherche à montrer est bien différent, puisque mon travail se joue de l'émerveillement habituellement associé à la prise de vue aquatique.
Cette recherche trouve son origine dans une expérience personnelle. Pendant plus de vingt ans, j'ai habité près des berges d'une rivière devenue polluée. J'ai longuement observé les transformations de ce cours d'eau, les mutations de ses écosystèmes ainsi que la disparition de certaines des espèces animales qu'elle hébergeait. Je souhaitais créer un corpus qui témoignerait de ces bouleversements d'origine anthropique. De nos jours, des désastres écologiques, comme le déversement pétrolier du Golfe du Mexique, ou ces plaques de déchets qui se forment sur les océans, deviennent plus fréquents. L'urbanisation et l'industrialisation massives entraînent un appauvrissement de la biodiversité; elles ne sont pas sans risques pour la santé humaine non plus. La dégradation des plans d'eau est certainement parmi les questions environnementales les plus préoccupantes.
Les paysages aquatiques que je sonde ont fortement été altérés. Ce sont parfois de véritables déserts qui n'offrent plus rien à voir. Les images que je capte témoignent de cette absence. J'ai observé des écosystèmes moribonds près de la Chemical Coast du New Jersey et du cimetière marin de Rossville (Staten Island), où la carence en oxygène dissous rend la vie précaire. Ces étendues désolées sont parfois baignées d'une lumière vacillante qui leur confère une beauté étrange et troublante. Je les photographie à partir d'une perspective qui nous est peu familière, en évitant la captation à hauteur d'homme. Ces vues de l'intérieur créent un rapport de proximité entre le regardeur et les sites documentés. Elles nous rapprochent de ces milieux en nous plongeant, en quelque sorte, dans leurs situations.
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